Commission des Femmes

Nous pensons que les femmes sont la force du changement. Nous croyons dans l’égalité complète entre les femmes et les hommes dans les domaines politique, social et économique. Nous sommes la voix des femmes de l’Iran.
Nous menons de très nombreuses activités avec les femmes à travers le monde et maintenons un contact permanent avec les femmes à l’intérieur de l’Iran. Nous sommes engagées dans le combat contre les violations des droits des femmes en Iran.

CNRI Femmes - Voici un article écrit par Sholeh Pakravan sous le titre de « Qui viendra m'aider ? »

Sholeh Pakravan est la mère de Reyhaneh Jabbari qui a été pendue le 25 octobre 2014 pour s’être défendue contre un agent des services de renseignement qui tentait de la violer.

Cet article a été publié le 1er juillet 2017, le jour du grand rassemblement à Villepinte pour un Iran libre :

 

Je salue ceux qui sont rassemblés pour les droits humains et la liberté, et pour dire non à l'exécution et à la torture. Je salue tous les Iraniens venus témoigner leur solidarité avec leur nation opprimée et se tenir aux côtés des mères qui attendent le jour où elles pourront venger la mort de leurs proches.

Près de dix ans se sont écoulés depuis que ma fille a réussi à sauver sa vie après une bataille avec l'agent du ministère du renseignement qui l’avait agressée.

Après cet incident, elle a été soumise à des coups de fouet, des coups de pied, un isolement cellulaire, des interrogatoires et des procès inéquitables. Le spectre de la mort planait sur elle tout le temps. Néanmoins, elle a résisté au judiciaire et au ministère du renseignement qui voulaient qu'elle écrive une (fausse) déclaration pour blanchir son agent corrompu. Elle a préféré mourir et dire non. Elle m'a quittée et je suis restée seule avec un cœur brisé et l'injustice manifeste qui nous avait été faite.

J'ai été laissé seule avec un gros cri étouffé dans la gorge, un cri contre l'injustice faite à ma fille. J'ai survécu à sa mort pour faire un voyage dans les maisons détruites par ces mêmes condamnations à mort.

J'ai visité une maison où tous les hommes, depuis deux générations, avaient été exécutés les uns après les autres. J'ai entendu de nombreuses histoires de femmes qui avaient enterré leurs maris dans leur propre jardin, là où elles élèvent leurs petits-enfants.

J'ai vu des adolescents chassés de leur jeunesse lorsque leurs pères ou leurs mères avaient été tués dans le massacre de 1988. J'ai survécu pour voir s’agrandir la table vide des survivants des victimes des exécutions, ceux qui avaient été pendus pour de la drogue à des câbles de remorquage qui leur ont laissé des plaies sanglantes au cou.

Je suis restée pour voir les larmes furieuses d'une mère dont le fils avait été écrasé par une voiture de police. J'ai vu les ampoules sur les plantes des pieds d'une mère qui a cherché son fils disparu, Saïd, pendant 17 ans.

J'ai passé du temps avec une mère qui a profité d'un moment de négligence des gardes pour voir le cadavre de son fils abattu à bout portant d’une balle dans la tête dans une rue de Téhéran, tout comme Neda (Agha Soltan), Kianouch (Assa) et Sane'eh (Jaleh).

J'ai entendu parler d'un homme qui a perdu 50 membres de sa famille. J’ai entendu parler de mères qui ont perdu cinq enfants exécutés et qui n'ont même pas une tombe pour se recueillir. Le cimetière Khavaran (avec ses fosses communes non marquées) est devenu son sanctuaire sacré.

Je me suis déplacée d'une ville à l'autre pour parler aux survivants des exécutions. J'ai vu Riyan, âgé de 4 ans, dont le père et les oncles avaient été exécutés parce qu'ils étaient sunnites. J'ai vu Rowaida qui était sur le point d’entrer au cours élémentaire quand l’exécution de son père l’a frappé en plein visage.

Plus j’ai vu de ces personnes et mieux j’ai compris combien la justice avait disparu de mon pays. Et mon pays désire la justice et la liberté. Quand Reyhaneh a été pendue, j’ai eu l’impression de me consumer dans un brasier. Ces visites ont ravivé ce feu et m'ont donné une volonté de fer pour lutter dans le but d’éliminer la peine de mort.

Aujourd'hui, à la veille de la 10ème année de la bataille de ma fille, je sais qu’en plus de la poursuite en justice et la condamnation des bourreaux et des juges impliqués dans sa mort, je veux aussi la justice et la liberté, de sorte que personne n’osera plus tuer des Sattar (Behechti) sous la torture.

Tout comme ma fille est devenue la fille de millions de mères, je suis également devenue la mère de milliers qui ont été tuées.

Je suis la mère de (Saba) Haft Baradaran, la mère des Kurdes et des Baloutches victimes des exécutions. Je suis la mère de Chahram et de Mona, la mère de Saïd, Mostafa et Reza. Je suis une goutte dans la mer de ceux en quête de justice. C’est pourquoi, tant que je vivrai et respirerai, je chercherai et demanderai justice.

Je crois que des milliers de mains sont tendues vers moi. Ces mains ne laisseront pas le drapeau de la justice tomber au sol.

Je sais que Reyhaneh et d'autres victimes d'exécutions ne reviendront pas, mais les Reyhaneh du futur sourient. Je sais que c'est un chemin difficile, mais je resterai fidèle à l'engagement que j'ai fait aux enfants courageux qui reposent sous terre.

Aujourd’hui je suis là, mère de milliers de Reyahneh. Une goutte d’eau dans la mer, mais au-delà de toute croyance religieuse ou politique, je tends la main et j’attends ceux et celles qui peuvent m’aider.

Qui viendra m'aider ?

 

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