Commission des Femmes

Nous pensons que les femmes sont la force du changement. Nous croyons dans l’égalité complète entre les femmes et les hommes dans les domaines politique, social et économique. Nous sommes la voix des femmes de l’Iran.
Nous menons de très nombreuses activités avec les femmes à travers le monde et maintenons un contact permanent avec les femmes à l’intérieur de l’Iran. Nous sommes engagées dans le combat contre les violations des droits des femmes en Iran.

Écrivain épris de liberté et militante des droits de l’homme, Golrokh Ibrahimi-Ira’i, vient d’adresser, le 9 janvier 2018, une lettre ouverte depuis la Prison d’Évine. La prisonnière politique emprisonnée dans le quartier des femmes de cette prison a déclaré sa solidarité avec le soulèvement du peuple iranien et elle a demandé aux jeunes de poursuivre leurs manifestations, de s’unir pour leur cause commune et de payer le tribut de la liberté.

Voici le texte intégral de ce message :

 

Ce qui compte ces jours-ci, c’est de maintenir sa présence dans la rue, de continuer en toute conscience de cause et de tenir bon contre la politique de terreur.

On va aboutir au bout du tunnel si on le veut vraiment et si on y croit. Il faut connaître les machinations de l’ennemi. Et puis, dans les hauts et les bas de la lutte, nous devons toujours penser à la fin, c'est-à-dire la libération du joug de l’intégrisme et de la tyrannie, sans émotion, sans frustration et sans déception.

Alors que les frontières mirages entre conservateurs et réformateurs à l’intérieur du pouvoir disparaissent des esprits du peuple, les duperies du régime ont perdu tout leur effet.

Dans ces jours tumultueux, la pauvreté, le chômage et le fossé énorme qui sépare les pauvres des riches, plus de la moitié de la population est écrasée sous le fardeau de l’inflation.

Les usines et les PME ferment l’une après l’autre et un nombre croissant de gens perdent leur emploi. Le paiement des salaires des travailleurs est reporté pendant de longs mois. Les établissements bancaires qui sont censé protéger les biens spolient les gens.

Dans ces temps d’injustice où on écrase les plus pauvres, les syndicats ne sont même pas autorisés à revendiquer leurs droits, et risquent le pire s’ils le font.

Le nombre des exécutions ne cesse de monter en flèche et chaque dissident se trouve étiqueté par la machine de mort de l’État, peu importe qu’il soit kurde, du Luristan, baloutche, azéri ou arabe, militant des droits de l’homme ou politique, épris de liberté ou gréviste, chauffeur de bus ou étudiant, enseignant ou membre des minorités religieuses.

Sous couvert de la religion ils ont établi un pouvoir intégriste en bonne et due forme et ils tentent de profiter des sentiments religieux et des traditions pour inciter l’opinion publique.

Dans de telles circonstances il faut nous soulever contre l’oppression et la démagogie. Il faut insister sur nos revendications pour tout ce dont nous avons été privé pendant de longues années. Il faut tenir tête à la tyrannie et à l’oppression. Le statu quo n’est pas seulement du aux dirigeants et aux gouvernants, mais aussi aux gouvernés et ceux qui admettent l’oppression.

Nous devons diagnostiquer la douleur pour trouver le remède.

Tant que nous continuerons de nous considérer de simples victimes, tant que nous abaisserons la tête, les tyrans continueront de nous mener du bout du nez et rien ne changera.

Ceux qui ont pris le pays avec les promesses de soutenir les déshérités, de rendre gratuits un bon nombre de services publiques et mille autres mensonges, n’ont eu d’autre bilan que l’injustice et la répression, une fois assis sur leur trône.

Nous n’oublierons pas le bilan des deux factions du pouvoir, que ce soient les conservateurs ou les réformistes et tous ceux qui sont à leur solde. Les uns, effrontés, persistent et signent et justifient leurs crimes, les autres, les lâches, se dissimulent sous le masque de l’hypocrisie et de la duperie, ce qui ne les a jamais empêchés de joindre leurs voix aux premiers depuis les années 1980 jusqu’à nos jours et de délivrer des ordres de tuerie et de répression.

On peut mettre fin au débauche des mollahs et à leur supercherie si on marche à yeux ouverts, si on reste réaliste, si on accepte d’avance que l’acheminement sera long et pénible. Si on veut se libérer du joug de l’oppression, si on ne veut plus mendier nos propres droits dans notre propre patrie, il faut évaluer d’avance le tribut à payer et les difficultés du chemin. Par expérience, on sait que se tribut passe par des incarcérations, des tortures, des peines de mort.  

Tout sentiment de peur est surmontable, tous les objectifs qu’on se fixe sont réalisables et tous les murs d’oppression finiront par s’écrouler.

Aujourd'hui, il faut organiser les contestations. Les groupes dissidents de tout borne et les syndicats doivent s’unir, pas sous le même drapeau, mais dans les mêmes objectifs. Cette union doit s’effectuer de la meilleure façon. Sinon, nous ne pourrons pas unir nos efforts et le vaste mouvement populaire risquerait d’être dévié par des opportunistes.

Nous resterons debout jusqu'à l’aube de la liberté avec les protestations qui secoueront les villes, petites et grandes, et les villages de l’Iran et qui regrouperont toutes les couches, tous les syndicats, toutes les organisations, pour cibler le haut de la hiérarchie de la tyrannie, de l’oppression, de l’injustice et du fascisme.

Golrokh Ibrahimi-Ira’i

Janvier 2018

Quartier des femmes de la Prison d’Évine 

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