Commission des Femmes

Nous pensons que les femmes sont la force du changement. Nous croyons dans l’égalité complète entre les femmes et les hommes dans les domaines politique, social et économique. Nous sommes la voix des femmes de l’Iran.
Nous menons de très nombreuses activités avec les femmes à travers le monde et maintenons un contact permanent avec les femmes à l’intérieur de l’Iran. Nous sommes engagées dans le combat contre les violations des droits des femmes en Iran.

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Le sport féminin en Iran : pitoyable !

Le mois de novembre se scinde par divers évènements en Iran. Ce bulletin fait quelques brèves références à certains d’entre eux et se concentre sur le sport féminin en Iran.

Nouvelle chute de l’Iran dans les inégalités entre sexes

Le mois de novembre a débuté avec le rapport Gender Gap 2017 du World Economic Forum qui place l'Iran au 140e rang mondial (pour 144 pays au total), plus bas encore que le classement de l'année dernière, en ce qui concerne les inégalités entre les sexes. Avec un indice global de 0,583, un score de participation et d'opportunité économique de 0,357 et un score d'autonomisation politique de 0,046, l'Iran se place juste devant le Tchad, la Syrie, le Pakistan et le Yémen. Ceci est une indication significative des injustices et de la discrimination contre les femmes sous le régime clérical.

L'un des responsables des affaires féminines a blâmé les lois mises en place « qui élargissent la participation et l'activité des hommes et créent des emplois et des droits pour les hommes, mais qui font des services gratuits à domicile, un devoir pour les femmes ».

Elle a également déploré que l'autorité reconnue pour les hommes par la loi d’empêcher leurs femmes d'avoir un emploi contribue davantage encore au chômage des femmes. (L'agence de presse officielle IRNA - 7 novembre 2017)

« Les femmes disparaissent presque de toutes les postes de direction », se plaint un autre responsable. (L'agence de presse ISNA, 31 octobre 2017)

 

Conséquences durables de la violence contre les femmes en Iran

Parvaneh Salahshouri, la cheffe de la faction des femmes au parlement des mollahs, a admis que "l'anxiété et la peur causées par les patrouilles de meurs ont affecté les jeunes femmes et les jeunes filles pendant de longues années, laissant des séquelles psychologiques indésirables et menant à d'autres maux". (L’agence de presse officielle Mehr - 28 novembre 2017)

Lors d’une autre réunion, Salahshouri a reconnu que: « Actuellement, la violence domestique contre les femmes est omniprésente dans la société ... Si une femme commet une petite erreur, cela lui causerait de grands problèmes, la soumettant à la violence. Cependant, quand un homme fait une énorme erreur, il n'y a pas de violence contre eux. » (L'agence de presse officielle IRNA - 25 novembre 2017)

Ali Hadizadegan, Coroner à Mashhad, a déclaré lors d'une réunion des experts que le taux de violence domestique en Iran avait augmenté de 3,2% en un an. Il a par ailleurs admis que les chiffres fournis par le gouvernement ne reflètaient pas la réalité. (L'agence de presse Fars - 23 novembre 2017)

 

Le séisme augmente le nombre des femmes à la tête de la famille

Tard dans la nuit du dimanche 12 novembre, un tremblement de terre d’une magnitude 7,3 a secoué l'ouest de l'Iran, faisant des milliers de morts et de blessés et des dizaines de milliers de personnes sans abri. Au lieu d'envoyer des secours d'urgence, le régime a envoyé des troupes anti-émeutes pour réprimer toute manifestation potentielle.

Trois semaines après le séisme, les femmes et les enfants vivent encore dans les rues dans le froid glacial, sans aucun abri. Il y a eu un certain nombre de rapports choquants que les matériaux apportés aux zones touchées par des gens ordinaires sont confisqués par les forces de sécurité pour être ensuite vendus aux victimes du tremblement de terre à des prix élevés.

Selon les médias officiels le tremblement de terre avait augmenté le nombre de femmes célibataires à la tête du ménage. Leur nombre serait de quelques centaines de personnes. (Le site officiel Salamat News - 19 novembre 2017)

 

Présence remarquée des femmes dans les manifestations

Dans le même temps, les femmes continuent de participer activement à la plupart des manifestations à travers le pays et y jouent un rôle principal. Au moins 77 manifestations ont été enregistrées par le Comité des femmes du CNRI au mois de novembre, où les femmes avaient une présence marquante.

 

L'état pitoyable du sport féminin

Les actualités du mois de novembre sont riches en évènements qui révèlent l’état pitoyable du sport féminin.

 

Pas de budget pour les sports féminins

L'équipe féminine de basketball de la province de Gorgan (Chef-lieu de la province de Golestan dans le nord) n’a pu prendre part au championnat national, principal évènement de l’année, par l’absence d’un sponsor financier.
La vice-présidente de la Fédération de basketball de cette province a déclaré que l'équipe avait 12 ans d'expérience dans le sport professionnel. Soghra Mohebbi a ajouté: « Le budget prévu pour la participation de cette équipe à ce tournoi était de 50 millions de tomans (11.000€), mais aucun sponsor n’a accepté ce financement. L’une des raisons de cette abstention, c’est que les matchs féminins ne sont pas diffusés à la télé". (La RT d'Etat - 17 novembre 2016)
Autre nouvelle : Dans la Ligue féminine du football, l'équipe de Parsé-Jonoubi-Jam s’est extraite de la compétition par manque de moyens financiers (L’Agence Iranwire - 2 novembre 2017).
En octobre 2017, l'équipe nationale féminine U16 de basketball a été retirée des championnats d’Asie en raison d’une dette de 325.000 $ de la fédération iranienne envers la FIBA. L'équipe s’était qualifié pour les championnats d’Asie, pour la première fois après 37 ans. (L'agence de presse ISNA, - 21 octobre 2017)

 

Pas de couverture médiatique pour les matchs féminins

La diffusion télé des matchs féminins est interdite en Iran.

Les 23 et 24 novemmbre 2017, l'équipe nationale féminine de futsal, championne d'Asie, accueillait l'équipe italienne à Téhéran en absence de tout photographe ou cameraman.

Une seule photo a été prise à la fin des jeux dans un stade vide. Pour cette photo, les joueuses italiennes ont dû se couvrir les cheveux avec des châles roses. (L'Agence de presse ISNA - 24 novembre 2017)

 

Aucun sécurité d'emploi pour les entraîneuses

L'entraîneuse en chef de l'équipe nationale féminine de futsal a déploré l’absence de sécurité d'emploi dans son boulot. En réaction à l'objection de la Fédération de football concernant son emploi de temps, Shehrazad Mozaffar a déclaré: « Si j’étais rémunérée à 50% du salaire des entraîneurs masculins, je me consacrerai à plein temps à l'équipe nationale. J’ai besoin de sécurité dans mon emploi pour rester avec l’équipe nationale. Mais si je quitte mon poste d’entraîneur au club, je n'aurais plus ni la sécurité d'emploi, ni un revenu stable. » (IRNA - le 23 novembre 2017)

 

Pas de terrain adéquat pour les compétitions

Certaines équipes participant à la ligue de football sont démunies de terrain adéquat pour les compétitions. Les terrains dans lesquels se déroulent les compétitions de la ligue sont tellement truffés de fossés qu’il devient par endroit impossible de dribler.

Certains stades sont même démunis de toilettes, de douches ou même de vestiaires. (Agence de presse Iranwire - 3 novembre 2017)

Selon la vice-présidente de la Fédération du basketball, Fatemeh Karamzadeh, l'absence de terrain de basketball pour les femmes constitue un véritable fléau dans le pays. "Dans un pays qui tient tant à la séparation des sexes dans le sport, les femmes n'ont même pas un seul gymnase pour les compétitions féminines", a déploré Karamzadeh. (L'Agence de presse ISNA - 1er novembre 2017)

 

Manque de moyens médicaux sur les terrains

Zeinab Karimi, footballeur de l'équipe féminine Kheibar de Khorramabad (capitale de la province du Lorestan dans l'ouest de l'Iran), a subi un traitement inhumain après une fracture de la clavicule dans un match.

Dans une interview au sujet de sa blessure dans la troisième semaine de la Ligue de football féminin, elle a déclaré: "J'ai été blessée à la 20e minute du match. On m’a abandonné sur le bord du terrain jusqu’à la fin de match malgré une douleur intenable. Le superviseur ne s’est même pas déplacé pour vérifier mon état. Le chauffeur d'ambulance est venu me voir, mais quand je lui ai demandé de m'emmener rapidement à l'hôpital, il a répondu que 'le superviseur ne me le permet pas. Puisque vous ne saignez pas, nous n'avons pas la permission de vous transférer à l'hôpital’. À la fin du match, j'ai été transportée à l'hôpital par une voiture.» «J'ai attendu quatre heures à l'hôpital avant d'être soignée parce que je n'avais pas été transférée par une ambulance. Ils ne m'ont même pas donné une chaise pour m'asseoir », a-t-elle déploré. (L'agence de presse ISNA - 5 novembre 2017)

 

Violation des réglements de la FIFA

La Fédération iranienne de football a informé les équipes participant à la Ligue de football féminin que les joueuses recevraient un carton jaune si elles ne couvraient pas correctement leurs cheveux pendant les matchs. Si ça se répète, la joueuse obtiendra un carton rouge et sera expulsée du terrain.

 

Les championnes abandonnées

Atoussa Abbassi, médaillée de bronze aux championnats d’Asie du cyclisme sur piste et détenteur d'un record national, a dû pendant un certain temps colporter dans les rues en raison de graves problèmes financiers. Elle a été privée des tournois de cyclisme en raison des infractions aux règlements commises par son mari qui est un entraîneur du cyclisme. (Le site Web Mashreq  - 18 octobre 2017)

Soussan Rachidi, neuf fois championne nationale du kick boxing, s'entraîne se prépare pour les compétitions internationales dans des circonstances déplorable. Appartenant à une famille de nomades proche de Kermanshah (ouest de l'Iran), elle est délaissée par la fédération et doit travailler en même temps que sa préparation pour gagner sa vie.  Elle doit cuire le pain tôt le matin, avant d’amener le troupeau pour le pâturage, puis apporter du bois. (Le site officiel Fararu - 18 octobre 2017)

Mme Rachidi dit: « Certains jours, il m’arrive de ne pas avoir assez de sous pour le transport pour les lieux d’entraînement. Je dois alors donner le peu que j’ai économisé pour mes repas en ville pour le transport ».

"Malgré mes onze titres de championne nationale, je n'ai pas reçu le moindre bonus", a-t-elle ajouté. (L'agence de presse ISNA - 26 décembre 2016)

L'alpiniste Elnaz Rekabi a remporté la médaille d'or de l'Asian Bold Ring Cup féminine. (Le ISCAnews.ir géré par l'État - 29 octobre 2017)

Dans une courte entrevue, elle s'est également plainte des difficultés de la formation sans aucun soutien du gouvernement tout en étant seule dans son domaine. Elle a dit: "En Iran, je suis très seul. Personne n'est en avance sur moi et ils ne me laissent pas pratiquer avec des garçons. "

Elnaz Rekabi a également parlé des problèmes créés par l'obligation de porter le voile obligatoire. "C'est très dur avec le voile surtout quand il fait chaud. J'ai essayé de trouver une tenue appropriée pour ce sport afin d'observer le code vestimentaire, mais c’est très difficile. » (Entretien avec Euronews - Aparat.com - 25 avril 2016)

 

Les championnes fuient le pays

Les conditions horribles du sport féminin ont conduit beaucoup à quitter le pays.

Dorsa Derakhshani, qui avait été exclue de l'équipe nationale iranienne d'échecs pour avoir assisté à la compétition internationale de février 2017 à Gibraltar sans porter le voile obligatoire, a rejoint l'équipe américaine.

Grande Maître internationale à 18 ans en 2016, Dorsa Derakhshani avait participé à plusieurs compétitions internationales sans se couvrir les cheveux.

Dorsa a déménagé en Espagne en 2015 après avoir reçu une invitation d'un club d'échecs qui a également soutenu ses études. (L'agence de presse ISNA - 2 octobre 2017)

 

Les femmes interdites d’entrer aux stades

Les femmes iraniennes ont été interdites à assister au match Iran – Syrie qui s’est tenu dans le stade Azadi de Téhéran, le 5 septembre 2017, dans le cadre des qualifications de la Coupe du monde 2018.

Selon le Guardian, “Les femmes syriennes ont été autoriser d’entrer dans le stade mais les Iraniennes n’y ont pas eu le droit, même si elles ont été initialement autorisées d’acheter les billets… Un groupe de femmes qui se rendaient au stade Azadi ont été informé qu’elles n’auront pas le droit d’y entrer. Quand elles ont contesté, elles ont été menacées d’arrestation”.

The State Security forces expelled three young women who were attempting to enter Azadi Stadium to watch the football match between the two most prominent Iranian football teams.

Le 26 octobre 2017, les forces de sécurité ont intercepté trois jeunes femmes qui tentaient d’entrer au Stade Azadi pour assister au match des deux principales équipes de la capitale, Persepolis et Esteghlal. Les femmes s ‘étaient déguisées en homme pour pouvoir s’infiltrer dans le stade. (Rokna.ir– 26 octobre  2017)

Chahindokht Molaverdi, l’adjointe de Rouhani’s pour les droits des citoyens, a récemment reconnu que les conditions ne sont toujours pas aptes à l’entrée des femmes dans les stades de foot. (Le website Entekhab – 25 octobre 2017)

L’abstention des autorités iraniennes de laisser entrer les femmes dans les stades a aussi fait le sujet du rapport de la rapporteuse spéciale de l’Onu pour l’Iran. L’article 92 de ce rapport stipule:

« Les femmes sont toujours interdites d’assister aux évènements sportives dans les stades. Plusieurs femmes athlètes ont été extraites des compétitions internationales, soit par les autorités du sport, soit par leur époux”.

La rapporteuse spéciale de l’Onu retient également dans son rapport sur l’Iran, qu’au mois de mars, des membres de l’équipe iranienne de billard ont été exclues des compétitions pour « violation du code des comportements islamiques ».

Au mois d’avril, les femmes participant à un marathon international à Téhéran ont été oblige de courir dans une route autre que celles des hommes.

 

Khamenei et les grands ayatollahs

Les grands ayatollahs s’opposent radicalement à l’entrée des femmes dans les stades.

“La question a été posée par le gouvernement mais le Guide suprême et les autres autorités religieuses s’y opposent”, a dit le grand ayatollah Makarem-Chirazi, avant d’ajouter que “le fait même de poser cette question constitue une dérive ». (Agence de presse ISNA, 29 novembre 2017)

Un autre grand ayatollah, Nouri Hamedani, a également tenté de justifier l’interdiction en disant qu’ “il n’est pas permis aux hommes et aux femmes d’assister ensemble à un évènement sportif, car les femmes sont incapable de tenir leur voile correctement!” (L’Agence de presse Razawi – 29 novembre 2017)

Par ailleurs le Guide suprême, Ali Khamenei, a banni le cyclisme féminin en public. Sous prétexte de répondre à une question religieuse, il a répété que « le cyclisme féminin dans les lieux et places publiques n’est pas autorisé à cause de la présence des hommes autres que la proche famille ! » (L’Agence de presse ILNA – 26 novembre 2017)

 

Le sport féminin est en fait devenu un prétexte de plus pour le pouvoir iranien de réprimer les femmes, mais aussi une occasion pour les femmes pour s’exprimer et faire la preuve de leur volonté et de leurs motivations.

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