Commission des Femmes

Nous pensons que les femmes sont la force du changement. Nous croyons dans l’égalité complète entre les femmes et les hommes dans les domaines politique, social et économique. Nous sommes la voix des femmes de l’Iran.
Nous menons de très nombreuses activités avec les femmes à travers le monde et maintenons un contact permanent avec les femmes à l’intérieur de l’Iran. Nous sommes engagées dans le combat contre les violations des droits des femmes en Iran.

Son regard perçant manifeste une grande attention à son interlocuteur. Avant de répondre aux questions, elle a quelques instants de réflexion accompagnés d’un sourire doux qui en dit beaucoup sur son caractère, qui, malgré les années, n’a rien perdu de sa vivacité. Cette pétulance révèle une détermination à continuer la lutte aussi longtemps qu’il le faut. 

Elle commence par une tracée brève mais touchante de sa vie :
Je m’appelle Sahar Gholamali. Je suis née dans la Prison d’Évine, et maintenant je suis dans le mouvement de résistance iranien. Je suis peut-être l’un des rares cas dans le monde dont le lieu de naissance a été derrière les barreaux. La prison est en effet le lieu le plus terrible, le plus étrange et le plus incongru pour accueillir un nouveau-né !

Dans ces années 1980, mes parents étaient tous deux militants du mouvement d’opposition, les Moudjahidine du peuple (OMPI/MEK) et ils ont tous deux été incarcérés pour leurs convictions politiques. L’opposition à la dictature religieuse était le seul délit retenu contre eux.

Ma mère était enceinte au moment de son arrestation et je suis née peu après, en prison, un lieu dépourvu des minimums de moyen, même sanitaires, pour entretenir un bébé, sans parler des besoins affectifs de celui-ci.
Sans l’aide des autres détenues, je ne sais pas quel serait le destin qui allait être le mien.
Elles ont aidé ma mère, chacune, comme elle le pouvait. Certaines ont fourni des vêtements, d’autre ont donné leur ration de nourriture. Plus important encore, elles se sont mobiliser pour me faire des preuves d’amour, élément indispensable à la survie et au développement d’un bébé.

Quant à mon père, ils l’avaient mis sous pression de faire des repentirs, s’il voulait me voir, ce qu’il n’a jamais accepté. C’était un grand défi pour un jeune père : voir sa fille nouveau-née en échange de la trahison et de la coopération ! Et mon père a résisté jusqu’au dernier souffle à la tentation, avant d’être fusillé dans les années 80 sans jamais me voir.

J’ai donc passé la première année de ma vie en prison jusqu'à ce que je sois remise à la famille avec les efforts de celle-ci, et j’ai grandi loin de ma mère incarcérée.
C’est à l’âge de 4 ans, que ma mère a été libérée avant de partir avec moi en Irak, pour rejoindre les opposants à Achraf.
Dans ce camp, j’ai pu aller à l’école et étudier comme de nombreux autres enfants de mon âge.

Mais les choses ont commencé à changer avec le début de la guerre et l’attaque américaine contre l’Irak. Les bombardements ne cessaient pas et il devenait de plus en plus impossible de garder des enfants dans un tel contexte. Avec l’aide des Moudjahidine,  ma mère décida de m’envoyer à l’étranger où je serai à l’abri des dangers.
Je suis allée au Canada et j’ai été adoptée par une famille qui m’a offert une vie aisée et privilégiée. J’avais de nombreux amis, une belle vie, une bonne éducation : tout ce que pourrait souhaiter une jeune fille. Mais les souvenirs de mes parents, les sacrifices de ma mère et le courage mon père, ne se détachaient pas de moi. C’est dans ces liens que je retrouvais mon identité. C’est ainsi qu’une vocation m’a envahie.

En grandissant, j’ai lu beaucoup sur le mouvement de résistance, en particulier celui des Moudjahidine du peuple. En même temps, toutes les informations en provenance de l’Iran indiquaient l’aggravation de la dictature, l’augmentation des arrestations, des tortures, des exécutions, l’empirement de la condition féminine et la privation de toutes les libertés.

J’étais de plus en plus émue de comprendre que le mouvement de résistance et les Moudjahidine, étaient constitués d’hommes et de femmes prêts à tout sacrifice pour libérer leur pays, comme mon père. Ils avaient renoncé à leurs familles, leurs enfants, leur carrière.

Pendant toutes ces années, je m’attardais souvent sur des questions qui me rongeaient l’esprit. Comment mon père a-t-il renoncé de me voir, malgré tout son amour à mon égard ? Quelle décision pénible pour un père !

Et comment ma mère a-t-elle pu être incarcérée alors qu’elle était enceinte ? Comment a-t-elle pu tenir face aux sévices pendant la grossesse ? Comment une femme enceinte pourrait-elle supporter les circonstances invivables de la prison ?
Comment des milliers de femmes, dont ma tante A’âzam, ont-elles payé le tribut de leur lutte en résistant face aux tortures médiévales ? Comment ces femmes sont-elles devenues des héros de leur génération et des générations futures ?
Toutes ces questions m’ont dévoilé une volonté sans pareille qui peut venir à bout de n’importe quelle circonstance ; une volonté qui ne connaît pas d’impossible et qui surmonte toutes les contraintes…

Et alors je me suis dit qu’il faut amener aux enfants de mon pays la même belle vie canadienne que j’ai connu. Je me suis dit que moi aussi, je pourrai me passer de
toutes les beautés de la vie pour rejoindre une résistance dont l’objectif est justement d’amener cette belle vie pour les 80 millions d’Iraniens !

Et c’est là que j’ai fait le choix de rejoindre les milles femmes qui combattent dans notre mouvement et qui sont devenues « les héroïnes de l’Histoire de l’Iran ». J’avais beaucoup lu sur les héros et les héroïnes, mais je n’aurai jamais cru devenir un jour l’un d’entre eux.

En revanche, aujourd’hui, je n’ai pas de doute que mon père est bel et bien présent plus que jamais et qu’il est en train de me sourire ; un sourire chargé de fierté d’avoir tant persévérer.

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